Haro sur le plastique !

06 Juin 2018

Close Up Of Person Collecting Plastic Waste From Polluted Beach

Cela semble devenu un mot d’ordre : le plastique (à usage unique) est responsable de tous les maux et il faut le bannir. Qu’entend-on par « plastique » ?

La longueur de la page Wikipedia réservée à la matière plastique témoigne de la complexité de la réponse. En effet, cette matière miracle qui connaît de multiples usages, rencontre à présent les revers de son succès. Trop de plastique a envahi nos vies, dans la droite ligne de l’économie linéaire et de son seul mot d’ordre « produire-consommer-jeter ». C’est ainsi que les produits en plastique à usage unique font désormais partie intégrante de nos habitudes, que ce soit sous forme de pailles, d’assiettes et de couverts dans les fast foods ou pour nos réceptions, sous forme de lingettes pour un ménage vite fait, sous forme de coton tiges, sous forme de sacs en plastique et tout autre emballage, etc.

La consommation du plastique n’a cessé d’augmenter depuis les années 50 et avec elle, la production de déchets qui mettront bien plus de temps à se dégrader qu’il n’en a fallu pour produire et consommer ces produits trop vite jugés inaptes à la consommation.

Ces déchets sont issus de productions multiples et diverses, en ce compris de produits fabriqués avec les meilleures intentions, c’est-à-dire composés de bouteilles en plastique repêchées en mer, recyclées et réutilisées dans des polars qui sont lavés en machine et qui, à leur tour, produisent des microbilles de plastique qui retournent à la mer …

Selon la Fondation Plastics Ocean, près de la moitié du plastique produit chaque année est utilisé une seule fois et puis jeté…
Faut-il dès maintenant condamner sans réserve l’usage du plastique à usage unique et montrer du doigt les consommateurs qui privilégient leur confort ? Faut-il se tourner vers les alternatives qui promettent monts et merveilles ?
Puisque les sacs plastiques ne sont pas encore sortis de l’actualité, je voudrais rappeler qu’il y a deux ans, j’annonçais avoir initié une réflexion sur l’interdiction des sacs plastiques à usage unique. (cf. verbatim de l’article de la Libre Belgique en juin 2016) car à mes yeux, le problème était plus complexe qu’uniquement interdire les sacs plastiques à usage unique.

L’année passée, j’ai signé un accord sectoriel avec Detic, l’association belgo-luxembourgeoise des producteurs et distributeurs de cosmétiques afin de remplacer les microplastiques de leurs produits en 2019. C’est une première européenne mais nous devons évidemment aller plus loin.

La meilleure façon d’éviter les déchets plastiques c’est évidemment de s’assurer qu’ils soient recyclés. J’ai également lancé une veille stratégique des centres de recyclage en finançant 13 études afin d’identifier les freins techniques et économiques au recyclage. La première de cette étude, qui concernait le PMC a été présentée à la presse en Avril.

A l’heure actuelle, deux Régions ont décidé d’interdire l’usage de ces sacs et je constate que l’alternative immédiate est le sac en papier, pas nécessairement recyclé, à usage unique.

Au rythme actuel, nous aurons des forêts certes gérées durablement, mais utilisées uniquement pour remplir nos poubelles de sacs en papier ! Par ailleurs, même recyclés, ceux-ci auront inévitablement un impact sur l’environnement. C’est le « sac shift » que je redoutais à l’époque (cf. article du 22 juin 2016 dans la Libre Belgique).

Le problème est très complexe et il appelle plusieurs réponses en fonction des produits visés. Dans certains cas, notamment à usage médical, le plastique à usage unique est incontournable. Dans d’autres cas, son côté pratique appelle à des solutions alternatives du même ordre et là, il importe de tenir compte du cycle de vie des alternatives. Par ailleurs, dans la mesure où nous sommes à la fois désireux que la Planète continue à être habitable et responsables des dégâts que nous lui infligeons, nous savons que la réponse passe aussi par une adaptation de nos comportements. Avons-nous besoin de ce gadget éphémère, avons-nous une alternative à ce gobelet jetable, avons-nous pensé à nous équiper pour nos courses, et ces questions se multiplient à l’infini…

S’il était simple de changer les comportements, les ONG dont c’est l’objectif y seraient parvenues depuis longtemps. Et s’il était simple de dicter aux consommateurs leurs comportements, les entreprises le sauraient également.

La réponse passe par une concertation de toutes les parties prenantes, même, et surtout, si elles sont nombreuses. Au final, nous avons tous la volonté que la Planète ne soit pas en phase terminale malgré les signaux alarmants que nous recevons chaque jour comme la 6e extinction de masse des espèces, la dérive d’un 7e continent de plastique qui, à terme, va tuer les poissons, la découverte de milliards de barils de pétrole qui risquent de plomber la nécessité de limiter la production de gaz à effet de serre si l’on veut respecter l’Accord de Paris, etc.

C’est la raison pour laquelle, à l’heure où la Commission européenne va dans le sens d’une interdiction de certains produits contenant du plastique, je veux inviter les différents acteurs à une table ronde pour faire le point sur les innovations et les alternatives et construire ensemble un avenir plus durable.

En attendant, je soutiens pleinement la pétition de Test-Achats parce qu’elle remet chacun en face de ses responsabilités en invitant à agir.

https://www.test-achats.be/famille-prive/supermarches/news/petition-plastiques-non-reutilisables